T’es debout devant le frigo, la porte ouverte depuis trop longtemps, et tu regardes dedans sans vraiment le voir. T’as faim. T’as même pas l’énergie de fermer la porte, encore moins d’ouvrir une casserole. Et là, une petite voix te dit que si t’étais quelqu’un de bien organisé, t’aurais déjà un souper prêt.
Ok, respirons un coup.
Cette voix-là, elle a tort. Et je vais te le prouver.
Autant te le dire tout de suite : c’est pas un problème de discipline
Laisse-moi te dire ce que personne ne te dit assez souvent : quand la fatigue de la SP te tombe dessus, c’est pas juste être « fatigué comme tout le monde après une grosse journée ». C’est une fatigue qui peut vider ton réservoir même si t’as rien fait de spécial. Cuisiner un repas complet demande de la planification, de la position debout, de la coordination, de la concentration. Dans une journée où ton énergie est déjà limitée, chacune de ces étapes te coûte cher.
Donc non, si tu manges des toasts pour la troisième fois cette semaine, c’est pas un manque de volonté. C’est ton corps qui gère ses réserves du mieux qu’il peut.
Ce qui se passe vraiment dans ta cuisine
En ergothérapie, on parle de « conservation d’énergie » : l’idée que ton énergie, contrairement au temps, tu peux pas la reprendre plus tard si tu l’as gaspillée le matin. Chaque déplacement inutile dans la cuisine, chaque étape de recette compliquée, chaque fois que tu restes debout au comptoir au lieu de t’asseoir, ça pige dans une réserve qui se remplit pas à volonté.
La fatigue liée à la SP n’est pas juste « de la fatigue » — elle peut apparaître sans effort physique important et ne se règle pas nécessairement avec du repos. Si elle affecte sérieusement ton quotidien, ça vaut la peine d’en parler à ton neurologue ou de demander une référence en ergothérapie : il existe des stratégies concrètes et personnalisées pour t’aider à mieux la gérer.
Mais voilà le truc : y’a des façons de cuisiner qui demandent littéralement moins d’énergie. Pas moins de goût. Moins d’énergie.
Les principes qui changent tout (avant même de parler recettes)
Avant de te donner mes 5 recettes, je veux que tu gardes ces réflexes en tête. Ce sont eux qui font la vraie différence, plus que n’importe quelle recette individuelle :
- Assis-toi. Éplucher, couper, mélanger — fais-le assis à la table plutôt que debout au comptoir. Ça peut réduire ta dépense d’énergie de façon significative.
- Regroupe tout avant de commencer. Sors tous tes ingrédients et ustensiles d’un coup. Chaque aller-retour au frigo ou à l’armoire, c’est de l’énergie en moins pour cuisiner.
- Laisse les raccourcis faire le travail. Légumes surgelés, ail déjà haché, riz précuit au micro-ondes : c’est pas de la triche, c’est de la stratégie.
- Mise sur les appareils qui travaillent pour toi. Mijoteuse, autocuiseur, four : tu prépares, tu appuies sur un bouton, tu te reposes pendant que ça cuit.
- Fais plus, pas plus souvent. Cuisiner une double portion coûte à peine plus d’énergie que cuisiner une seule portion, mais ça te donne un repas gratuit pour un jour où t’en auras zéro.

Mes 5 recettes « j’ai juste assez de jus pour ça »
Voici cinq options que je garde toujours en banque pour les jours où mon réservoir est proche de zéro. Aucune ne demande plus de 15-20 minutes d’implication active, et toutes se prêtent bien au batch cooking.
1. Le bol vide-frigo assis
Riz ou quinoa précuit (sachet micro-ondes) + une protéine déjà cuite (poulet BBQ St-Hubert, thon en conserve, tofu déjà mariné) + un mélange de légumes surgelés réchauffés + une sauce du commerce. Assemble tout assis à la table. Zéro coupe, zéro cuisson complexe.
2. La soupe-mijoteuse « je m’en occupe même pas »
Lentilles sèches, un mélange de légumes surgelés, bouillon, une boîte de tomates. Tout dans la mijoteuse le matin (même assis), 6-8 heures plus tard c’est prêt. Tu peux congeler le reste en portions individuelles.
3. Les pâtes one-pot tomate-thon
Pâtes, une boîte de tomates, une boîte de thon, un peu d’eau — tout dans le même chaudron, ça cuit ensemble en 12 minutes. Une seule casserole à laver, et tu peux rester assise pendant que ça mijote.
4. Les œufs brouillés tout-en-un
Œufs + légumes surgelés déjà coupés (poivrons, épinards) + un peu de fromage râpé. Dix minutes, une seule poêle, et ça se mange autant au souper qu’au déjeuner.
5. Le smoothie-repas, pour les jours où même ça c’est trop
Lait ou boisson végétale + une banane + du beurre d’arachide + une poignée de protéines en poudre ou de yogourt grec. Zéro cuisson, zéro vaisselle sauf le mélangeur. C’est pas de la triche, c’est un repas.

Le batch cooking, ton meilleur allié (pas ton nouveau projet à temps plein)
Le batch cooking, c’est pas de te transformer en machine à meal-prep le dimanche pendant 4 heures — ça, ça demande justement l’énergie que t’as pas. C’est plutôt : chaque fois que tu cuisines quelque chose qui se congèle bien, fais-en le double, et mets la moitié au congélateur en portions individuelles.
Quelques trucs concrets :
– Utilise des contenants qui vont directement du congélateur au micro-ondes — un geste en moins.
– Étiquette avec la date et le contenu (ton toi-du-futur, fatigué, va te remercier).
– Vise 3-4 « réserves d’urgence » toujours au congélateur : une soupe, un chili, une sauce à pâtes, un reste de riz ou de quinoa.

Un repas congelé, c’est pas un échec
Mais Christian, si je mange congelé tout le temps, c’est pas censé être moins bon pour moi? Sauf que la vraie question, c’est pas « est-ce que ce repas est parfait », c’est « est-ce que j’ai mangé aujourd’hui sans m’épuiser complètement pour y arriver ». La deuxième question est pas mal plus importante.
Il n’existe pas de liste officielle d’aliments « interdits » pour toutes les personnes atteintes de SP — les besoins varient énormément d’une personne à l’autre. Si tu as des questions sur ton alimentation en lien avec la SP, la meilleure ressource reste une nutritionniste ou ton équipe médicale, qui pourra tenir compte de ta situation spécifique.
T’as pas à choisir entre « bien manger » et « avoir de l’énergie pour le reste de ta soirée ». Les deux comptent. Et un repas simple, mangé sans t’épuiser, vaut cent fois mieux qu’un repas parfait que t’as jamais eu la force de faire.
Ce qu’il faut retenir
- La fatigue liée à la SP n’est pas un manque de discipline — c’est une réalité physiologique à gérer, pas à combattre.
- Cuisiner assis, regrouper tes ingrédients d’avance et utiliser des raccourcis (surgelés, précuits) réduit vraiment la dépense d’énergie.
- La mijoteuse et le batch cooking en petites quantités valent mieux qu’un grand projet meal-prep épuisant.
- Un repas simple ou congelé mangé sans t’épuiser est un meilleur choix qu’un repas « parfait » que tu n’as pas eu l’énergie de faire.
Questions fréquentes
Oui, c’est un des aspects les plus frustrants de la fatigue liée à la SP : elle peut varier fortement d’une journée à l’autre, parfois sans lien évident avec ce que tu as fait. C’est justement pour ça que d’avoir des « réserves d’urgence » au congélateur fait une grosse différence.
Beaucoup de personnes atteintes de SP rapportent que la chaleur aggrave temporairement leurs symptômes, incluant la fatigue. Si c’est ton cas, privilégie les recettes qui demandent moins de temps devant la cuisinière ou le four, et garde ta cuisine bien ventilée ou climatisée si possible.
En général, la plupart des plats cuisinés (soupes, chilis, sauces) se conservent bien 2 à 3 mois au congélateur dans un contenant hermétique. Étiquette toujours avec la date pour t’y retrouver facilement.
Ta mission cette semaine
Pas besoin de tout changer d’un coup. Cette semaine, choisis UNE seule chose : la prochaine fois que tu cuisines quelque chose qui se congèle bien, fais-en le double. C’est tout. Ton toi-du-futur, fatigué un mardi soir, va te remercier.
Références
Les stratégies partagées dans cet article s’appuient sur des ressources reconnues en ergothérapie et sur des organismes spécialisés en sclérose en plaques.
Organisations médicales et ressources
Quelques trucs pour la conservation de l’énergie
Brochure destinée aux personnes atteintes de SP sur les stratégies d’économie d’énergie au quotidien, incluant des trucs spécifiques pour la cuisine.
Mieux gérer votre énergie et réduire votre état de fatigue
Chronique professionnelle sur les principes de conservation d’énergie et de simplification des tâches au quotidien.
Reportages et témoignages
Comment composer avec la fatigue chronique en cuisine?
Entrevue avec une nutritionniste sur les stratégies concrètes pour continuer à cuisiner malgré une fatigue chronique invalidante.